Pour cette aventure, il va falloir faire un petit bond dans le passé. Je crois que le début de
l’histoire date de février. En tout cas, c’est sûr que c’était un samedi. Jean-Yves et moi n’étions pas allés passer le weekend à Santa Clara parce que l’un des tournants du DETALAT avait
organisé un cochon grillé pour son anniversaire le samedi soir. Alors samedi midi, nous étions allés au restaurant chinois après quoi nous sommes allés faire quelques courses au supermarché.
Jusque là, rien de bien passionnant. Un samedi tout ce qu’il y a de plus banal…
Banal, oui, jusqu’au moment où une amie, la maman des jumeaux dont j’ai déjà parlé, me téléphone. Elle m’explique qu’ils se sont embourbés vers Santa Clara et me
demande si on est dans le coin pour leur filer un coup de main. Je lui dis que non, mais qu’on va quand même venir les dépanner. Pendant ce temps, les petites courses en main et le téléphone à
l’oreille, nous commençons à nous diriger plus tôt que prévu vers la caisse. Elle m’explique où ils sont bloqués : après la piste qui part vers notre résidence secondaire, il y a un sculpteur de
bois qui expose à une intersection. Il faut tourner là, on ne prend pas le premier chemin, mais le deuxième. Si on le rate, plus loin, il y a une place de village avec un espèce de temple
bwiti.
Ok, ça roule, nous voilà partis le plus vite possible. Le coup de fil a dû plus ou moins avoir lieu aux alentours des 15h. A ce moment-là, la piste n’était pas
encore refaite comme elle l’est aujourd’hui, et vu où nous étions dans la ville, il nous a bien fallu trois quart d’heure pour arriver au sculpteur de bois qui expose à l’intersection. Nous nous
emmanchons donc sur ce chemin, voyons le premier à droite que nous ne devions pas prendre (heureusement, car il montait à plus de 45 degrés et semblait un peu humide), nous voyons le deuxième
mais il nous paraissait tellement peu un chemin praticable que nous avons quand même continué tout droit par acquis de conscience, et alors que nous arrivons devant le temple bwiti, nous nous
rendons compte qu’il s’agissait bel et bien du chemin d’avant que nous n’avions pas osé prendre. Nous nous y engageons donc et je n’arrêtais pas à dire à Jean-Yves : « T’es sûr qu’ils se sont
emmanchés là dedans, ce n’est pas possible, ce n’est même plus un chemin. Ils n’ont quand même pas pu passer par là !!! » Mais en fait si, parce qu’il y avait une trace de voiture sur le chemin,
qui nous faisait penser qu’ils étaient effectivement quelque part dans cette direction. Par moment, ça descendait, d’autre ça montait, parfois le chemin était défoncé, à d’autres moments, les
branchages venaient resserrer le chemin… Mais nous voulions à tout pris porter secours à nous amis. Alors nous avancions. Puis nous les avons enfin vus, face à nous, la voiture tourner en sens
inverse, prête à repartir, si elle n’avait pas été posée sur le sol. Les roues enfoncées jusqu’aux portières.
Jean-Yves s’arrête avant, sur un terrain qui semble stable et on commence à attacher le câble aux deux voitures. Pendant ce temps, la maman des jumeaux et moi
continuons la tâche qu’elle semblait avoir commencé bien avant son coup de fil. Ils avaient bien évidemment essayé de s’en sortir tous seuls avant de nous appeler… Donc nous avons creusé avec nos
magnifiques outils d’africains : un bac de glace et un demi bidon d’huile. Le problème, c’est que sur ce chemin où aucune voiture ne passait, par contre un petit cours d’eau passait. Ils avaient
réussi à faire l’aller sans y rester, et voyant dans quoi ils s’engageaient, madame avait demandé à monsieur de faire demi-tour et c’est au retour qu’ils y sont restés : papa, maman, les deux
jumeaux de moins d’un an et mamie, venue en vacances connaître l’Afrique… Heureusement qu’elle était là pour rester dans la voiture et s’occuper des petits, parce que si il avait fallu creuser,
tirer et pousser avec les bébés dans les bras, ça aurait été pire…
Bref, cette histoire de cours d’eau fait que plus nous creusions, plus l’eau venait s’engouffrer dans le trou fraichement creusé. Alors on a essayé de dévier le
cours d’eau en amont de la voiture. On a plus ou moins réussi, mais le sol devenait de plus en plus boueux à force de creuser et de piétiner. A un moment, nous étions dans la boue jusqu’aux
genoux. Bien sûr, comme ce n’était pas prévu, nous n’étions pas équipés d’un point de vue vestimentaire. J’ai commencé par enlever les chaussures à talons avant de sortir de la voiture et
remonter mon pantalon beige jusqu’au-dessus des genoux…
Pendant ce temps, les gars étaient prêts à tracter leur voiture avec la notre. Sauf que la tentative fut un échec. Notre voiture a beau être costaude, en tirant
l’autre qui était tellement bien enfoncée et posée sur le sol, elle patinait et commençait à creuser le sol et donc à s’enfoncer… Jean-Yves a donc décidé de changer de tactique. Il a décroché la
voiture et a voulu passer sur le côté pour aller la tirer par derrière. Comme le terrain était glissant, il n’a pas voulu passer trop près de leur voiture pour ne pas tomber dessus et la rayer.
Donc il a pris un peu plus large vers le bois… Et là, catastrophe, il est resté bloqué lui aussi, embourbé dans un autre petit passage d’eau, posé contre la forêt…
La maman des jumeaux étaient un peu paniquée et désolée pour nous qui venions pour les aider et qui nous nous retrouvions coincés aussi. Elle commençait à vouloir
appeler quelqu’un pour rentrer sur Libreville et disant que nous pourrions revenir le lendemain. Moi, j’étais morte de rire… L’idée de laisser les voitures là la nuit ne nous enchantait guère.
Jean-Yves réfléchit donc à un joker à qui il pourrait téléphoner (comme pour qui veut gagner des millions, le coup de fil à un ami, sauf que celui-là, il ne nous a pas fait gagner des millions…).
Il appelle donc un de ses collègues qui a un 4x4 assez lourd pour d’abord nous sortir nous, pour que nous puissions ensuite aviser sur le sort de l’autre voiture. Le temps que le gars arrivent,
on continue à creuser, cette fois-ci autour des roues des deux voitures pour essayer de les dégager un maximum. Les gars essayent de soulever notre voiture avec le cric pour mettre une cale
dessous et la sortir du trou, puis on se faufile entre la forêt et la voiture (le tout pieds nus, beurk !) pour essayer de la pousser. On se rend compte que c’est peine perdue.
Le collègue arrive donc pour nous sauver… Sauf que ça s’annonce mal. Quand il descend de la voiture, il nous annonce qu’il a failli y rester plus tôt dans le
chemin, là où aucun de nous deux n’avait ne serait-ce que patiner… C’est ça notre sauveur ?!? Au secours… Enfin, essayons. Nous attachons donc notre voiture à la sienne, et c’est parti, tout le
monde pousse pendant qu’il essaie de la tirer. Mais très vite il patine… et s’embourbe à son tour. Et un, et deux, et trois 4x4 ! Voilà les trois 4x4 coincés dans un petit chemin loin du passage
des gens normaux. Et la nuit qui va commencer à tomber. Et les jumeaux qui s’impatientent, qui n’ont plus à manger car depuis sans doute 14h qu’ils devaient être là, tous les petits pots et
biscuits y étaient déjà passés…
Finalement, les parents des jumeaux appellent des amis à eux pour venir au moins chercher les jumeaux et les ramener sur Libreville, à la vie civilisée… Le
problème, c’est qu’ils se rendent compte que plusieurs dizaines de minutes plus tard que ces gens ne connaissent pas du tout les lieux et qu’ils ne sauront pas venir nous trouver… Quand c’est la
cata, c’est la cata.
Pendant ce temps, Jean-Yves réfléchit à une solution ultime, LA solution qui éviterait de remettre une quatrième voiture sur la liste des dégâts collatéraux… Et LA
solution, c’est l’armée qui va nous la fournir. Aux grands maux les grands remèdes. Il fait venir les gars de l’auto du DETALAT avec le camion non pas 4x4, mais 6x6… Le camion passe partout…
Enfin, espérons-le. Mais le moral reste bon, et nous trouvons le moyen de rire de la situation… Enfin, l’idée, vu l’heure qu’il était maintenant, était de sortir la dernière voiture, de tous
rentrer à Libreville aller aux divers diners auxquels nous étions tous invités et revenir chercher les deux autres demain.
Les parents des jumeaux ont appelé d’autres personnes qui connaissent mieux la route (enfin, la piste), et nous allons donc tous à pieds (toujours pieds nus pour
ceux qui n’avaient pas voulu sacrifier leurs chaussures dans la bataille) jusqu’à l’intersection des sculptures. Le camion arrive avant le sauveur de jumeaux. Puis leur sauveur arrive et il
embarque toute la petite famille. Pendant ce temps, le camion a réussi sans problème à sortir la dernière des voitures embourbés, et ils ont décidés que dans la foulée, ils allaient sortir les
autres, comme ça, on en parlerait plus…
Et voilà donc comment s’est finie cette aventure, nous sommes arrivés en retard au cochon grillé et pour deux d’entre nous plein de boue (nous, nous sommes rentrés
nous changer avant, quand même). Plus tard, on a appris que celui qui était venu se mettre en troisième position a remorqué un gars sur la route du retour, il était en panne d’essence…
Ce fut une journée mémorable, et on y a quand même passé toute notre après-midi, de environ 15h quand elle m’a appelée à environ 21h quand on est enfin arrivés à la
maison… Nous étions juste en courses, au départ alors nous n’avions pas notre appareil photo avec nous pour immortaliser toutes ces mésaventures. Les derniers dépanneurs ont pris des photos du
stade final (état lamentablement boueux des voitures…), mais je ne les ai toujours pas récupérées… Un jour peut-être…
Donc, tout ceci m’amène à notre aventure plus récente du mois de juin. Ces chers parents de jumeaux se sentaient quand même un peu plus que redevables envers tous
leurs nombreux sauveurs ou du moins ceux qui ont essayé… Nous, ils nous ont payés le restau, parce qu’on est leurs amis… Mais aux autres, ils ne savaient pas trop quoi faire pour les remercier.
Puis leur est venue une idée. Puisque monsieur possède ici un petit avion, pourquoi ne pas leur offrir un petit tour au-dessus de Libreville. L’un fut ravi, l’autre a laissé sa place à sa femme
qui fut ravie et Jean-Yves et moi y sommes allés aussi.
C’est donc comme ça que nous avons pu mieux découvrir notre ville vue de haut.
Et depuis le temps que je demandais à Jean-Yves de prendre en photo le lycée vu du dessus, le voilà enfin. Ils sont tous fabriqués sur le même modèle.
Puis le bord de mer vers chez nous. Nous, on est plus ou moins en face du bâtiment bleu et orange, avant le décroché de verdure.
Toujours le front de mer vers chez nous.
Le port de pêche, Port Môle.
La Présidence.
Les bateaux pour le transport des minerais avec le long pont roulant pour charger les bateaux.
Le transport de grumes avec les barges plates qui s’approchent du bateau pour le charger.
L’île aux perroquets.
Les pêcheurs en pirogues.
Le port à bois.
Le paysage un peu au sud de Libreville.
Les abords de la ville à l’est.
L’hôpital militaire.
Le nord de Libreville.
Et enfin, retour à la case départ, l’aéroport de Libreville.
C’était une petite ballade d’une demi-heure bien sympathique… Ça aura bien valu une demi-journée de bain de boue…
Voilà pour cette aventure, sans doute une des dernières. Mais ne vous inquiétez pas, un bonus vous attendra à la toute fin de notre séjour au Gabon…